• Android, un Fort Knox déguisé en Open Space ?

    Edit 05/08/11: une étude de VisionMobile semble confirmer nos affirmations plaçant Android comme le Système Opensource le moins ouvert derrière Qt, Symbian et MeeGo…

    Tout a commencé par un banal tweet…

    [image_border img="http://www.trendastic.com/wp-content/uploads/photo-e1308757862627.png" caption="Greg démoralisateur de Fanboy professionnel" /]

    …dans lequel j’ai osé dire à des fans(boy?) d’Android que leur OS n’était pas si ouvert qu’ils pouvaient le penser. Alors bien sûr Android est bien plus ouvert qu’un iOS ou Windows Phone, ce n’est certainement pas moi qui vous dirait le contraire. Seulement je n’habite pas au pays des bisounours et constate avec le temps que tout n’est pas si ouvert au sujet d’Android.

    [image_border img="http://www.trendastic.com/wp-content/uploads/bisounours.png" /]

    L’objectif de cet article n’est pas de dénigrer Android – je continue de penser que c’est un des meilleurs OS mobiles disponibles – mais de casser un peu le discours du Geek fanboy de base pour lequel Android est ouvert jusque parce que le code source est disponible et qu’on peut y installer des tas de rom alternatives.

    Je vais donc expliquer ici les limites de l’ouverture selon Google mais aussi – parce que ce qui nous intéresse surtout ce sont les usages – quel est le véritable intérêt pour les utilisateurs. Pour toi quoi !

    Papa, c’est quoi un OS ouvert ?

    [image_border img="http://www.trendastic.com/wp-content/uploads/papa-cest-quoi-cette-bouteille.png" caption="Papa que fout ce robot vert sur ma bouteille de lait ?" /]

    On dit d’un système d’exploitation qu’il est ouvert quand il coche une ou plusieurs des cases suivantes :

    • Code source public
    • Possibilité de contribuer à l’amélioration de l’OS en soumettant ses modifications du code source
    • Possibilité d’utiliser le code source à fin de produit dérivé.

    Vous trouverez une définition plus détaillée ici.

    Bien sûr plus un système coche de case, plus on pourra le qualifier d’open.

    En quoi Android est-il un OS ouvert ?

    Revenons donc à Android pour savoir en quels aspects cet OS est-il open.

    Tout d’abord, rappelons qu’il est possible de télécharger le code source d’Android, ça se passe ici cher lecteur si tu sais pas comment occuper ton week end (toutefois quitte à lire un truc chiant, je recommande plutôt les pages jaunes qui elles sont en français).

    Un des intérêts de cette mise à disposition des sources est que cela permet aux différents fabricants d’appareils de se différentier (au niveau logiciel car on sait que le design mobile est mort). Ainsi que ce soit via Sense (HTC), TouchWizz (Samsung) ou encore Timescape (Sony Ericsson) chacun y va de sa petite surcouche.

    Chaque utilisateur d’Android peut donc choisir entre une variété de modèles, formats et interfaces tout en gardant l’accès aux fonctions et à l’écosystème de Google. Et ça, c’est très appréciable !

    Cette ouverture se retrouve également dans l’accès aux applications. Google encourage certes son Market mais il est possible d’utiliser d’autres boutiques d’applications et même télécharger directement les fameux fichiers «.apk » (extension des applications Android) directement sans passer par Google.

    Ca c’est pour la partie officielle. Si on passe du côté obscur, il est possible d’aller beaucoup plus loin avec Android. En effet si vous êtes prêts à sortir des sentiers battus, vous aurez accès à une autre expérience Android beaucoup plus Geek et underground qui va démultiplier les possibilités de votre mobile. Pour cela, il faut donc rooter votre mobile et dévérouiller le bootloader (ce qui permet de lancer un OS différent de celui d’origine). Cyanogenmod est l’une des alternatives les plus connues.

    Sauf que…

    [Mode bisounours off] Nous avons donc abordé ci-dessus ce qui faisait d’Android un OS ouvert et si je m’arrêtais là, mes cher fanboys auraient raison. Seulement l’ouverture selon Google a ses limites.

    Tout d’abord, rappelons que Google ne met à disposition que la version finalisée de son OS. En effet, contrairement à MeeGo ou Symbian (en son temps) les développeurs tiers ne peuvent pas contribuer à l’amélioration de l’OS officiel. Android est intégralement développé par Google et chez Google.

    Exemple, vous êtes développeurs et à vos heures perdues vous décidez de télécharger Android pour lui ajouter une fonction sympa, et bien sachez que les fabricants d’appareils – à quelques exceptions – verrouillent tous leur bootloader du coup vous ne pourrez pas installer l’OS. Note: la situation est en train d’évoluer, certains fabricants comme Motorola commencent à déverrouiller le bootloader.

    Admettons que vous souhaitiez vraiment cracker le bootloader pour installer « votre » Android, vous verrez que les applications clés de l’expérience Android (Gmaps, Gmail, Market,…) ne font pas partie du pack open source.

    CyanogenMod a d’ailleurs eu des soucis en 2009 lorsque Google a refusé de voir ces fameuses applications incluent dans leurs Rom alternatives. Un incident qui a légèrement entaché l’esprit open source et qui a valu au géant Californien une belle levée de boucliers. Un accord a finalement été trouvé consistant à sauvegarder les applications installées sur le firmware original pour les réinstaller une fois la nouvelle rom chargée.

    Concernant la mise à disposition du code source, Google ne joue plus à fond la carte de l’Open source en décidant unilatéralement de ne pas mettre à disposition le code de la version 3.0 (Honeycomb). D’après Andy Rubin (VP en charge d’Android chez Google) c’est parce que les fonctions téléphoniques sont fortement altérées et qu’il ne souhaite pas voir quelqu’un porter Honeycomb sur un mobile. Certes le mode open source sera rétabli avec la prochaine version (Ice Cream Sandwich) qui doit être une synthèse des versions 2.3 (mobile) et 3.0 (tablette). Mais cela rappel tout de même qu’en dépit de l’image open source, c’est bien Google qui décide de quelles versions seront publiées ou pas.

    Alors qu’on assimile souvent open source à gratuit (voire bénévole), quelques exemples récents sont venus rappeler qu’en dépit de l’étiquette « open » associée à Android, Google reste une entreprise dont l’objectif premier est de servir ses intérêts économiques. Ainsi il arrive que l’ouverture affichée se heurte à des considérations plus business.

    2 exemples :

    • Mai 2011 : Google supprime sans préavis des émulateurs Playstation PSX4Droid (et Nintendo) au moment même où sort le Xperia Play (1er mobile Android certifié Playstation). Le développeur a été prévenu de ce retrait via Twitter…
    • Septembre 2010 : Skyhook est une société qui fournit des systèmes de géolocalisation. Ses services sont même parfois meilleurs que ceux de Google (c’est pas moi, c’est un mec de Google qui le reconnait). Seulement cela n’a pas plu à Google qui a exigé de Moto qu’ils remettent les services maison au lieu de ceux de Skyhook.

    Un petit dernier pour la route ? Google est à ma connaissance le seul capable de désinstaller à distance une application installée sur votre mobile. Non, même Apple ne sait pas le faire – où du moins ils ne l’ont jamais fait. Certes Google à jusqu’ici exceptionnellement utilisé ce procédé (pour supprimer des malwares notamment) mais qui dit que pour privilégier ses intérêts – comme ce fut le cas avec les émulateurs – Google ne supprime pas dans le futur les applications « dérangeantes» déjà installées sur votre mobile ?

    Quels avantages (ou inconvénients pour l’utilisateurs) ?

    Chez Trendastic, vous savez que ce qui nous intéresse surtout ce sont les usages et les utilisateurs. Savoir qu’Android est open, Ok mais moi, consommateur, cela m’apporte quoi ?

    Tout d’abord rappelons qu’installer des roms non officielles sur son mobile est un truc de Geek (ha…tu viens de réaliser que t’es un Geek ? Sorry). Et le grand public, l’utilisateur lambda lui s’en tape. Il ne sait pas ce que cela peut lui apporter et de toutes manières il veut un « truc qui marche » et ne vas donc pas perdre son temps à  sortir des clous au risque de mettre son mobile en l’air et perdre sa garantie.

    [image_border img="http://www.trendastic.com/wp-content/uploads/Roms.jpeg" caption="Non je ne parlais pas d'installer ces roms" /]

    L’utilisateur plus avertis va apprécier il est vrai le fait de pouvoir manger à d’autres râteliers et utiliser des roms, fonctionnalités pas encore disponibles pour son appareil. C’est un vrai plus et cela limite certaines frustrations dues à la lenteur de déploiement de certains firmwares par exemple.

    Google est par ailleurs beaucoup plus permissif qu’Apple sur les conditions d’accès au Market pour les applications tierces. C’est bien pour les développeurs et les utilisateurs peuvent avoir accès à des applications plutôt borderlines comme celles permettant de télécharger illégalement des MP3 ou les émulateurs gérant le téléchargement de jeux. Le problème de cette ouverture c’est qu’elle laisse également la porte ouverte à des applications bien plus dangereuses: les malwares.

    Ces applications peuvent accéder, diffuser vos données sans votre autorisation, elles peuvent agir sur votre mobile sans votre consentement et quand on connaît le nombre d’info privées stockées sur un mobile (nom, prénom, adresse, localisation, photos, mots de passe…) c’est plutôt flippant. Pour autant « rassurez-vous » la plupart des attaques visent votre porte monnaie en envoyant sans que vous le sachiez des SMS premium. Le volume des attaques sur Android a augmenté de 400% entre l’été 2010 et mai 2011 (source: Juniper Networks).

    On a ainsi récemment vu un éditeur prendre 21 apps gratuites du Market, y ajouter un malware et les republier. Résultat ? Entre 50 et 200.000 téléchargements en seulement 4 jours.

    Cette situation s’explique par le fait que la barrière d’entrée sur le Market Android est très basse (25%) et surtout que Google ne teste pas les applications soumises. A titre de comparaison le store Amazon (toujours sur Android) qui teste toutes les applications et pour lequel les droits d’entrées sont fixés à 99$.

    On voit donc que de ce point de vue l’ouverture de l’OS de Google est une épée a double tranchant qui apporte de nombreux avantages mais tout autant de risques pour l’utilisateur.

    Pour terminer sur cette partie une reflexion que j’aimerais partager avec vous:

    Ce n’est pas parce qu’Android est ouvert que ses utilisateurs peuvent installer de nouvelles roms. C’est parce que cet OS est si ouvert qu’on observe une telle disparité des versions (fragmentation). Et c’est cette disparité qui pousse les utilisateurs a installer des roms non officielles pour bénéficier des versions les plus récentes de l’OS.

    On oppose souvent l’ouverture d’Android au verrouillage d’iOS. C’est pertinent. Pourtant contrairement à Android, aucun utilisateur d’iPhone n’aura à modifier son mobile pour disposer de dernière mise à jour. Il y a une seule version de l’OS en circulation et elle est accessible à tous au même moment quelque soit le pays ou l’opérateur de la personne.

    Conclusion: Et si on se trompait de débat ?

    On a montré ci-dessus que l’ouverture d’Android en plus d’être partielle et partiale comportait son lot de risques. Bien sûr elle offre une liberté mais finalement à quoi sert un appareil ouvert. Quelle fonctionnalité essentielle découle de l’installation de telle ou telle rom ? N’y perds-t-on pas parfois en sécurité, stabilité et autonomie ?

    Utilisateurs de rom Android, éclairez-moi, quelle est la killer feature qui justifie l’installation d’une rom ? A quel point cela entre-t-il dans vos critères d’achat ? Le succès d’un iOS ne montre-t-il pas que les gens sont prêts à accepter des contraintes et un OS fermé si des contreparties sont proposées (qualité de l’appareil, ecosystème,…) ?

    Discutons en !